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Tribune : Pour une unité syndicale dans l’éducation guinéenne en vue de dépasser les divisions pour sauver l’essentiel.

Tribune : Pour une unité syndicale dans l’éducation guinéenne en vue de dépasser les divisions pour sauver l’essentiel.

Le secteur de l’éducation en république Guinée traverse une zone de fortes turbulences. Alors que les enseignants continuent de porter à bout de bras l’avenir du pays dans des conditions souvent précaires, une opposition syndicale persistante fragilise davantage un système déjà éprouvé par le passé. Le bras de fer entre le SLECG, d’un côté, et le duo SNE–FSPE, de l’autre, autour des négociations relatives au statut particulier des enseignants, révèle une fracture préoccupante au sein du mouvement syndical éducatif. Dommage !

Cette division n’est pas seulement une querelle d’organisations. Elle peut malheureusement avoir des conséquences directes et durables sur la crédibilité de la parole syndicale dans ce milieu, sur la force de négociation face aux pouvoirs publics et, in fine, sur les droits et les conditions de travail déjà précaires des enseignants guinéens.

Un combat commun, des chemins divergents

Personne ne peut nier la légitimité historique ni l’engagement des différentes centrales syndicales du secteur éducatif. Toutes se réclament de la défense des enseignants. Toutes dénoncent la précarité salariale, l’insuffisance des infrastructures, l’absence de perspectives de carrière claires et la lenteur des réformes structurelles. Tout cela, pour le bonheur de l’enseignant et surtout la qualification du système éducatif guinéen.

Cependant, les divergences apparues lors des négociations sur le statut particulier ont cristallisé des frustrations anciennes : soupçons d’exclusion, déficit de concertation, stratégies unilatérales, concurrence de leadership. À force de privilégier l’affirmation de soi sur la construction collective, l’intersyndicale syndicale de l’éducation risque de se neutraliser lui-même. Alors, mettez vos egos de côté pour sauver l’essentiel.

Or, dans un contexte politique et institutionnel actuel, la division est un luxe que les enseignants ne peuvent pas se permettre au risque de s’enfoncer de plus dans la précarité.

Quand la division profite aux autres

L’histoire sociale, en Guinée comme ailleurs, est sans appel : un syndicalisme fragmenté affaiblit les revendications. On se rappelle des négociations de 2018 relatives au 8 000 000. Face à des syndicats divisés, l’État négocie à minima, arbitre selon ses intérêts, ou temporise jusqu’à l’essoufflement des mouvements. Ce sont les enseignants de base, ceux des salles de classe, des zones rurales, des écoles surchargées qui en paient malheureusement très cher le prix.

La rivalité actuelle donne aussi une image délétère du syndicalisme éducatif auprès de l’opinion publique. Elle détourne le débat des enjeux fondamentaux notamment : la qualité de l’enseignement, la revalorisation du métier d’enseignant, l’avenir de l’école guinéenne  pour le réduire à des querelles de chapelles. Au-dessus de tout cela, le statut particulier de l’enseignant.

L’unité ne signifie pas l’uniformité

Appeler à l’unité syndicale ne revient pas à nier les différences d’approche, ni à effacer les identités organisationnelles. L’unité, dans son sens le plus noble, suppose le respect mutuel, la reconnaissance de la pluralité et la recherche de positions communes sur l’essentiel. Sans oublier la reconnaissance des efforts des uns et des autres dans l’amélioration des conditions de vie des enseignants dans le passé.

Il est encore possible  et nécessaire d’instaurer dans la tolérance et le pardon :

  • Un cadre permanent de concertation intersyndicale dans le secteur de l’éducation ;
  • Des positions minimales communes non négociables, notamment sur le statut particulier, les salaires et la carrière ;
  • Un mécanisme de gestion des désaccords, évitant leur exposition publique systématique au détriment des enseignants.

Un appel à la responsabilité historique

Les leaders syndicaux portent aujourd’hui une responsabilité historique. L’éducation guinéenne ne peut être l’otage de rivalités internes inutiles. Les enseignants guinéens jugeront moins les sigles que les résultats obtenus.

Le moment est venu de dépasser les égos, de suspendre les procès d’intention et de revenir à l’essentiel : l’enseignant guinéen, sa dignité, son statut et son rôle central dans la reconstruction nationale.

L’unité syndicale n’est pas une faiblesse. Elle est une force stratégique, morale et politique. Elle est la condition pour que la voix des enseignants soit forte, audible et respectée.

Au nom de l’école guinéenne, au nom des enseignants, il est temps de se parler, de s’écouter et de s’unir.

Camarades Salut ! Ensemble, nous vaincrons.

Alseny Dalo Bangoura, journaliste et  professeur de philosophie.