A La UneArts & CultureFaits Divers

ETRANGER- Yasuke, l’Africain devenu samouraï : enquête sur un mythe ressuscité

Un guerrier noir au Japon du XVIᵉ siècle. Depuis quelques années, le nom de Yasuke resurgit dans les livres, les jeux vidéo et les séries. Figure méconnue, parfois idéalisée, souvent contestée, cet esclave africain devenu samouraï continue de nourrir débats et fantasmes. Le journaliste Romain Mielcarek lui consacre aujourd’hui un ouvrage fouillé qui démêle l’histoire de la légende.

En 2024, l’annonce du jeu Assassin’s Creed Shadows mettait le feu aux réseaux sociaux. L’éditeur Ubisoft révélait que l’un des personnages jouables serait un samouraï noir évoluant dans le Japon de la fin de l’époque Sengoku. Accusations de wokisme, soupçons de révisionnisme : la polémique enfla, jusqu’à remettre en question l’existence même d’un tel guerrier.

Pourtant, Yasuke a bel et bien existé. Arrivé au Japon en 1581 dans le sillage des jésuites portugais, il est le premier étranger à obtenir l’autorisation de porter les armes des bushi, ces cavaliers d’élite. Son physique hors norme impressionne les contemporains, et le seigneur Oda Nobunaga l’intègre à son entourage rapproché. Mais son rôle exact demeure enveloppé de zones d’ombre : garde du corps, symbole diplomatique, ou simple curiosité exotique ?

Longtemps effacé des récits officiels, Yasuke est aujourd’hui érigé en figure de diversité, au risque de nourrir des interprétations contradictoires. C’est toute l’ambiguïté que pointe Romain Mielcarek. En spécialiste des questions militaires, il remonte aux sources, confronte les archives et retrace l’épopée d’un homme devenu mythe moderne. Son livre inclut également un panorama des représentations de Yasuke dans la culture pop, du manga aux jeux vidéo.

Yasuke, le samouraï africain, de Romain Mielcarek, éd. Plon, 21 €.