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La junte de l’Élysée face à la révolte des sables

Le président français s’est rêvé stratège du monde libre et se réveille chef d’une junte diplomatique en faillite. Emmanuel Macron, plus bavard que visionnaire, croyait diriger les sables du Sahel depuis le confort de l’Élysée. Il découvre aujourd’hui qu’en Afrique, le vent souffle désormais dans l’autre sens.
Par Abdoulaye Sankara (Abou Maco), journaliste.
Le Niger referme ses portes et Paris perd la clé. L’uranium qui faisait briller les lampes françaises s’éloigne doucement vers d’autres horizons, pendant que les mines changent de mains et que les valises d’Orano s’empilent dans les couloirs d’une histoire en fin de cycle. L’Afrique n’est plus cette batterie de secours de l’Europe essoufflée. Elle apprend à brancher ses propres câbles et à éteindre les néons de la dépendance.
Pendant que Moscou et Pékin tissent de nouvelles toiles, Macron improvise des sermons entre deux crises politiques et trois conférences de presse. On dirait un comédien obstiné qui refuse de quitter la scène alors que le public a déserté la salle. Il parle de « refondation », « d’humanité partagée », mais ne partage plus rien depuis longtemps, sinon le déni. Même ses conseillers n’applaudissent plus, de peur que le rideau tombe trop vite.
Le Niger, le Mali et le Burkina Faso n’attendent plus d’invitation. L’Alliance des États du Sahel (AES) avance sans l’Élysée et c’est bien ce qui dérange. L’Afrique ne réclame plus sa liberté, elle la pratique. Pendant que Macron s’accroche à ses dossiers comme un général à sa carte perdue, les dirigeants sahéliens tracent leur propre route. Le pouvoir n’a pas disparu, il a simplement changé de mains.
Les experts parisiens s’époumonent à expliquer la montée de « l’influence russe » ou « la menace chinoise ». Ils cherchent partout sauf dans le miroir. La seule menace réelle s’appelle arrogance. Les Africains n’ont pas troqué un maître pour un autre, ils ont simplement fermé la porte du bureau colonial. Et si d’autres partenaires frappent à la porte, c’est parce que Macron a oublié d’y laisser une place pour le respect.
Les institutions financières s’affolent, Bruxelles s’étrangle, Paris boude. Sur les rives du Niger, on observe la scène avec la distance amusée de ceux qui ont trop longtemps écouté les leçons. L’ancienne puissance se débat dans ses communiqués pendant que le continent écrit un nouveau chapitre. Le film est en noir et blanc, la pellicule usée, le héros s’obstine à croire qu’il sauvera encore le monde avec un micro et un sourire crispé.
Macron n’a pas seulement perdu l’uranium, il a perdu la mesure du temps. Il parle comme un conquérant, agit comme un monarque et finit par ressembler à un conférencier fatigué qu’on invite par politesse. Sa diplomatie ressemble à une parade militaire sans soldats. Il s’enivre de mots comme d’autres s’enivrent de gloire, sans remarquer que le verre est vide depuis longtemps.
L’Afrique ne s’est pas rebellée contre la France, elle s’est simplement réveillée. Pendant que Macron joue les Napoléon du XXIe siècle, les peuples du Sahel avancent, déliés de la tutelle, affranchis des sermons et fiers de leur indépendance reconquise. Le président français voulait redéfinir la relation avec l’Afrique, il a fini par redéfinir la solitude de la France. L’ancien empire n’a plus d’empereur, seulement un orateur obstiné qui parle à une salle vide. L’Afrique s’éclaire seule, et Paris découvre que son influence, comme son uranium, s’est évaporée dans le désert.
Aujourd’hui, la France ferait œuvre d’humilité et d’intelligence stratégique en acceptant la redéfinition du lien franco-africain qui se résume à plus de respect des choix souverains, plus de partenariat gagnant-gagnant, et moins de posture impériale. À défaut, elle continuera à voir son influence s’éroder au profit d’acteurs prêts à accepter des arrangements que Paris jugeait autrefois inacceptables. L’histoire n’efface rien, elle exige que les puissances apprennent, sinon elles sont condamnées au rôle ingrat de spectateur d’un déclin qu’elles n’ont su prévenir.