De putschiste à président : l’école de l’Élysée !
Le 30 août 2023, après avoir « make noise » Ali Bongo et l’avoir « vitrifié » au nom d’Emmanuel Macron, le putschiste gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema s’était solennellement engagé à rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’élections libres et transparentes. Certains avaient alors cru que le chef de la junte imposée par l’Élysée aux Gabonais n’envisagerait pas de briguer la magistrature suprême. Peut-être était-ce initialement son intention, et ses déclarations post-coup d’État semblaient l’indiquer. Mais c’était avant son voyage en France et son fameux déjeuner à l’Élysée, le 31 mai 2024, avec son bienfaiteur, le cerveau du putsch du 30 août 2023, Emmanuel Macron. Cette rencontre, orchestrée pour lever ses ultimes réticences, a porté ses fruits : le général putschiste est désormais officiellement candidat à l’élection présidentielle du 12 avril prochain, près d’un an après son entretien parisien.
Quid de sa promesse de restituer le pouvoir aux civils ? Insultant l’intelligence des Gabonais, il déclare sur les antennes des chaînes proches de l’Élysée, RFI et France 24, dans une mise en scène taillée sur mesure : « J’ai dit dans mon discours à la nation, lors de ma prestation de serment, que nous allions organiser des élections libres, transparentes et apaisées en vue de rendre le pouvoir aux civils. Je ne suis pas resté figé dans mes bottes de militaire. Vous parlez français aussi bien que moi. Cette phrase est différente de dire : « Je ne serai pas candidat ». Ce sont deux phrases distinctes ». Et toc ! Le tour de passe-passe est accompli : Brice Clotaire Oligui Nguema, désormais en disponibilité de l’armée, devient un civil et lance ce samedi même sa campagne présidentielle. L’issue du scrutin ? Une formalité, selon les standards démocratiques à la sauce occidentale. Ainsi, de putschiste « halal » (fréquentable), il deviendra Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, président démocratiquement élu du Gabon. Bravo Macron ! Cette stratégie a toutes les chances de réussir, contrairement à celle qui est appliquée aux putschistes « haram » (infréquentables) du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Le capitaine Moussa Dadis Camara de la Guinée, lui, n’a pas bénéficié d’une telle mansuétude. Gracié le vendredi 28 mars 2025 après sa condamnation dans l’affaire du 28 septembre 2009, il n’a jamais eu droit aux faveurs de l’Élysée. Dès son coup d’État de décembre 2008, il fut classé putschiste « haram » par Paris. Comme Oligui Nguema au départ, il n’avait pas initialement exprimé de volonté de s’accrocher au pouvoir. Mais un affrontement verbal avec les figures politiques guinéennes de l’époque — Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé, Sidya Touré et l’actuel Premier ministre Bah Oury — l’avait poussé à déclarer, lors d’un meeting dans le quartier populaire de Coronthie, que s’il était trop provoqué, il pourrait bien abandonner sa tenue militaire et se présenter à l’élection présidentielle.

Différence majeure avec Oligui Nguema : lui n’était pas sous parapluie français. Bien au contraire. Il n’aura jamais le temps d’enlever sa tenue de capitaine. Les tragiques événements du 28 septembre 2009 et la « balle rectificative » de son aide de camp auront eu raison de ses ambitions.
En définitive, voilà le schéma de deux républiques africaines aux destins bien distincts : selon que l’on ait la bénédiction de l’Élysée, ou selon qu’elle décide de vous « vitrifier. »
Abou Maco